Dire non à son enfant : poser des limites et l’aider à gérer la frustration

Rédigé le 01/07/2024
Céline Amiard


Dire « non » à son enfant peut parfois être difficile.

Parce qu’on sait qu’il va être déçu. Parce qu’on redoute la colère qui risque de suivre. Parce qu’on est fatigué et qu’on n’a pas envie d’une nouvelle crise. Ou simplement parce qu’on aimerait lui faire plaisir.

Pourtant, poser des limites fait pleinement partie du rôle de parent.

Un enfant a besoin d’un cadre pour grandir. Et il a également besoin de vivre progressivement des frustrations pour apprendre à les traverser.

Pourquoi est-il important de savoir dire non à son enfant ?

Un enfant ne peut pas encore décider seul de tout ce qui est bon pour lui.

C’est au parent de poser le cadre concernant sa sécurité, son sommeil, son alimentation, les écrans, les règles de vie ou encore le respect des autres.

Dire non permet à l’enfant de comprendre progressivement qu’il existe des limites et des règles, mais aussi que certaines envies doivent parfois attendre ou rester insatisfaites.

Le cadre apporte également de la prévisibilité : l’enfant sait progressivement ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

La frustration fait partie de l’apprentissage émotionnel

Votre enfant voulait un deuxième gâteau.

Vous dites non.

Il voulait rester encore une heure devant son écran.

Vous dites non.

Il voulait acheter un jouet au magasin.

Vous dites non.

Et il se met en colère.

Cette colère ne signifie pas forcément que votre limite était mauvaise.

Votre enfant est simplement confronté à une frustration : il voulait quelque chose et il ne peut pas l’obtenir.

C’est une émotion qu’il va progressivement apprendre à traverser.

Accompagner la frustration sans supprimer la limite

Accompagner les émotions de son enfant ne signifie pas lui donner ce qu’il réclame pour qu’il arrête de pleurer.

Vous pouvez reconnaître ce qu’il ressent :

« Tu voulais vraiment ce jouet. Tu es très déçu. »

Et maintenir votre décision :

« Nous ne l’achèterons pas aujourd’hui. »

Les deux peuvent parfaitement exister ensemble.

L’émotion est accueillie et la limite reste en place.

C’est précisément ainsi que l’enfant apprend progressivement qu’une frustration peut être désagréable, intense parfois, puis finir par passer.

Pourquoi est-il parfois si difficile de tenir un non ?

Le plus difficile n’est pas toujours de poser la limite.

C’est parfois de supporter la réaction de son enfant après l’avoir posée.

Les cris, les pleurs, la colère ou les reproches peuvent déclencher beaucoup de choses chez le parent :

culpabilité, énervement, peur du conflit, sentiment d’être un mauvais parent, envie que la crise s’arrête immédiatement…

Et c’est souvent à cet endroit que le « non » peut progressivement devenir :

« Bon, d’accord, mais juste cette fois. »

Lorsque cela se répète, l’enfant peut apprendre qu’en insistant suffisamment, la limite finit parfois par changer.

Une limite gagne à être claire et prévisible

Plus le cadre est compréhensible, plus l’enfant peut progressivement l’intégrer.

Une limite efficace peut être simple :

« Après cet épisode, on éteint. »

« Les bonbons, c’est après le repas. »

« Tu peux être en colère, mais je ne te laisse pas me taper. »

De longues explications ne sont pas toujours nécessaires, particulièrement lorsque l’enfant est déjà submergé par son émotion.

Dans ces moments-là, peu de mots, une posture calme et une limite claire sont souvent plus utiles.

Donner des choix à l’intérieur du cadre

Poser une limite laisse parfois de la place à certains choix.

« Il est temps de partir. Tu veux mettre ton manteau seul ou tu veux que je t’aide ? »

« L’écran est terminé. Tu préfères dessiner ou jouer dehors ? »

Le parent garde la décision qui lui appartient, tandis que l’enfant conserve une petite marge d’autonomie sur ce qui peut réellement être choisi.

Une crise ne signifie pas qu’il faut changer la décision

Votre enfant peut pleurer, crier ou se mettre en colère après un refus.

Dans ce moment, votre rôle est de rester présent et de l’aider à traverser ce débordement émotionnel autant que possible.

Puis, lorsque le calme revient, la limite posée avant la crise reste la même.

Si le jouet n’était pas acheté avant la crise, il ne l’est pas davantage après.

L’enfant découvre ainsi progressivement que ses émotions ont leur place et que le cadre reste sécurisant et prévisible.

Retrouver sa posture de parent

Poser des limites demande parfois davantage de travail au parent qu’à l’enfant.

Certaines situations peuvent réveiller notre propre histoire : la manière dont nous avons été élevés, notre rapport au conflit, la peur de reproduire l’éducation reçue, la culpabilité ou notre difficulté à voir notre enfant frustré.

Lorsque tenir un cadre déclenche régulièrement une réaction émotionnelle très forte chez le parent, il peut être utile de regarder ce qui s’active chez lui dans ces moments-là.

C’est également une partie de mon travail en accompagnement parental : aider le parent à retrouver davantage de calme, de recul et de solidité émotionnelle, afin de pouvoir rester le parent qu’il souhaite être même lorsque son enfant traverse une émotion intense.

Dire non fait partie de l’éducation.

Et votre enfant peut être profondément aimé, entendu et accompagné tout en entendant parfois :

« Je comprends que tu sois déçu. Ma décision reste la même. »