Comment aider son enfant à gérer la frustration ?

Rédigé le 17/10/2024
Céline Amiard


Comment aider son enfant à gérer la frustration ?

« Je veux encore un gâteau ! »

« Je veux rester au parc ! »

« Je veux la tablette ! »

« Je veux ce jouet ! »

Et lorsque la réponse est non : pleurs, colère, cris, négociations… parfois une véritable crise.

Pour un parent, ces moments peuvent être difficiles à vivre. On peut avoir envie de céder simplement pour retrouver le calme ou parce qu’on supporte mal de voir son enfant déçu.

Pourtant, la frustration fait naturellement partie de la vie de l’enfant.

Il ne pourra pas toujours obtenir ce qu’il veut, immédiatement et de la manière dont il le souhaite.

Notre rôle de parent est de l’aider progressivement à traverser cette frustration et les émotions qu’elle provoque.

Qu’est-ce que la frustration chez l’enfant ?

La frustration apparaît lorsqu’un désir rencontre une limite.

L’enfant voulait quelque chose et la réalité lui répond autrement.

Il voulait continuer à jouer, mais il faut partir.

Il voulait un jouet, mais son parent refuse de l’acheter.

Il voulait gagner, mais il a perdu.

Il voulait réussir immédiatement, mais il n’y arrive pas.

Cette différence entre « ce que je veux » et « ce qui est possible » génère une émotion parfois très intense, particulièrement chez les jeunes enfants.

Pourquoi les jeunes enfants supportent-ils difficilement la frustration ?

La capacité à réguler ses émotions et ses impulsions se développe progressivement.

Un jeune enfant peut donc ressentir une frustration avec énormément d’intensité sans disposer encore de toutes les capacités nécessaires pour la gérer seul.

Il peut crier, pleurer, se jeter par terre ou répéter sa demande encore et encore.

Son émotion est réelle.

Et c’est précisément parce qu’il apprend encore à la traverser qu’il a besoin de l’accompagnement de son parent.

Faut-il éviter les frustrations à son enfant ?

Nous pouvons être tentés d’anticiper les difficultés pour éviter les pleurs, les colères ou les conflits.

Mais la vie quotidienne apporte naturellement de nombreuses petites frustrations :

attendre son tour, partager, perdre à un jeu, arrêter une activité agréable, respecter une règle, entendre un refus...

Ces expériences permettent progressivement à l’enfant d’apprendre :

« Je peux vouloir quelque chose très fort, ne pas l’obtenir et traverser malgré tout ce que je ressens. »

Cette capacité se construit avec le temps et l’expérience.

Accueillir l’émotion et maintenir la limite

C’est probablement le point le plus important.

Accueillir l’émotion de son enfant et maintenir une limite sont parfaitement compatibles.

Votre enfant réclame un jouet dans un magasin.

Vous refusez.

Il pleure et se met en colère.

Vous pouvez lui dire :

« Tu voulais vraiment ce jouet. Tu es très déçu et en colère. Je comprends. Nous ne l’achèterons pas aujourd’hui. »

Vous reconnaissez ce qu’il ressent.

Et votre décision reste la même.

L’enfant découvre ainsi que son émotion a le droit d’exister et qu’elle ne modifie pas automatiquement la limite posée par son parent.

Après une crise, le cadre reste le même

Lorsque la frustration provoque une véritable crise émotionnelle, la priorité est d’accompagner l’enfant pour qu’il puisse progressivement retrouver son calme.

Les explications pourront venir ensuite.

Et une fois la crise terminée, la décision initiale reste cohérente.

Si le jouet n’était pas acheté avant la crise, il ne l’est pas après.

Si l’écran devait être éteint, il reste éteint.

Si vous deviez quitter le parc, vous partez.

Cette continuité aide l’enfant à comprendre que le cadre reste stable même lorsque son émotion est très forte.

Frustration et persévérance

La frustration apparaît également lorsque l’enfant essaie quelque chose et n’y arrive pas immédiatement.

Construire une tour qui s’écroule.

Faire du vélo.

Attacher ses chaussures.

Apprendre à lire.

Perdre à un jeu.

Dans ces situations, résister à l’envie de faire immédiatement à sa place lui permet d’expérimenter autre chose :

essayer, échouer, recommencer, chercher une autre solution et finalement réussir.

Vous pouvez l’accompagner :

« Je vois que ça t’énerve. Tu veux que je t’aide un peu ou tu veux essayer encore ? »

L’objectif est de lui apporter suffisamment de soutien tout en lui laissant la possibilité de développer progressivement son autonomie et sa persévérance.

Et la culpabilité du parent ?

Dire non peut parfois être plus difficile pour le parent que pour l’enfant.

Vous voyez sa déception.

Il pleure.

Il vous dit que vous êtes méchant.

Et la culpabilité arrive.

Certains parents vont alors chercher à réparer immédiatement :

« Bon, d’accord… »

ou compenser par autre chose.

Pourtant, votre enfant peut être déçu par votre décision et continuer à se sentir profondément aimé.

Vous pouvez rester proche de lui, l’écouter, lui faire un câlin s’il en a envie et partager ensuite un moment agréable avec lui.

La relation continue, même après un désaccord ou une frustration.

Quand la réaction de notre enfant nous empêche de tenir le cadre

Parfois, nous savons parfaitement quelle limite nous voulons poser.

La difficulté apparaît lorsque notre enfant réagit.

Ses cris nous mettent hors de nous.

Ses pleurs nous culpabilisent.

Son opposition nous donne immédiatement envie de crier.

Nous avons peur du conflit.

Ou nous finissons par céder parce que nous sommes épuisés.

Dans ces situations, il peut être intéressant de regarder également ce qui s’active émotionnellement chez nous lorsque notre enfant est frustré.

Pourquoi sa colère est-elle aussi difficile à supporter ?

Pourquoi son mécontentement me fait-il autant culpabiliser ?

Pourquoi ai-je tellement peur qu’il m’en veuille ?

C’est aussi sur cet aspect que je travaille dans mes accompagnements parentaux : permettre au parent de retrouver davantage de calme et de recul pour pouvoir tenir le cadre qu’il souhaite poser.

Accompagner aujourd’hui pour construire l’autonomie de demain

Un enfant apprend progressivement à gérer la frustration parce qu’il la rencontre, qu’il la traverse et qu’un adulte l’accompagne pendant que ses propres capacités se développent.

Petit à petit, il pourra attendre davantage, supporter un refus, accepter une déception, chercher une autre solution ou recommencer après un échec.

Le parent porte d’abord une grande partie de cette régulation.

Puis, progressivement, l’enfant apprend à la faire lui-même.

C’est tout l’enjeu : accueillir l’émotion, garder le cadre et accompagner l’enfant vers une autonomie émotionnelle de plus en plus grande.