Sucre et enfants : quand l’accumulation quotidienne devient le vrai problème

Rédigé le 01/07/2024
Céline Amiard


Sucre et enfants : quand l’accumulation quotidienne devient le vrai problème

Des céréales sucrées au petit-déjeuner. Un jus de fruits. Un biscuit dans la matinée. Un dessert à midi. Une barre de céréales au goûter. Un peu de ketchup le soir.

Pris séparément, chacun de ces aliments peut sembler anodin.

Mais quand on additionne tout ce qu’un enfant consomme au cours d’une journée, la quantité de sucre peut rapidement devenir importante.

Et quand cette alimentation se répète jour après jour, c’est là que le problème commence.

Il ne s’agit pas de supprimer le gâteau d’anniversaire, la glace des vacances ou quelques bonbons de temps en temps.

Le véritable enjeu est ailleurs : réduire l’accumulation quotidienne de sucres ajoutés, de produits raffinés et d’aliments ultratransformés, tout en donnant à l’enfant de bonnes habitudes alimentaires dès son plus jeune âge.

Le sucre est partout

Quand on pense au sucre, on pense aux bonbons, aux gâteaux et aux sodas.

Mais il se cache dans énormément de produits consommés quotidiennement par les enfants :

céréales du petit-déjeuner, biscuits, barres de céréales, desserts lactés, compotes sucrées, pâtes à tartiner, sauces, boissons aromatisées, jus de fruits...

Le problème vient donc beaucoup de l’accumulation.

Un produit sucré de temps en temps n’a rien à voir avec une succession de produits sucrés du matin au soir.

Et plus les aliments sont transformés, plus il devient important de regarder leur composition.

Tous les sucres ne se valent pas

Une pomme contient du sucre.

Pourtant, manger une pomme n’est pas équivalent à boire un verre de soda ou de jus de fruits.

Le fruit entier apporte notamment de l’eau, des fibres, des vitamines et des minéraux. Sa structure et ses fibres ralentissent également l’ingestion et l’absorption de ses sucres.

Avec les produits très raffinés et sucrés, le sucre est beaucoup plus facilement consommé en quantité importante.

C’est pourquoi il est intéressant de privilégier au quotidien les fruits entiers, les légumes, les féculents peu raffinés, les protéines et les aliments simples, plutôt qu’une alimentation reposant essentiellement sur des produits industriels.

Pour boire : de l’eau

C’est probablement l’une des habitudes alimentaires les plus importantes à transmettre à un enfant.

La boisson quotidienne de l’enfant, c’est l’eau.

Un enfant n’a pas besoin de soda pour boire.

Il n’a pas besoin de sirop.

Il n’a pas besoin de boisson aromatisée.

Et il n’a pas besoin de jus de fruits pour s’hydrater.

Même un jus de fruits 100 % pur jus et sans sucre ajouté contient une quantité importante de sucre.

Pour obtenir un verre de jus d’orange, plusieurs oranges peuvent être nécessaires. L’enfant peut donc boire en quelques minutes le sucre correspondant à plusieurs fruits, sans consommer le fruit entier avec toutes ses fibres.

Un jus de fruits peut rester un plaisir occasionnel.

Mais pour étancher la soif : de l’eau.

Et cette habitude commence très tôt.

Un enfant habitué à boire de l’eau n’a pas besoin que toutes ses boissons aient un goût sucré.

Pourquoi limiter autant les boissons sucrées ?

Parce qu’elles permettent de consommer beaucoup de sucre très facilement.

Un enfant peut boire un grand verre de soda ou de jus sans ressentir la même satiété que s’il avait mangé des aliments solides.

Les boissons sucrées consommées régulièrement augmentent donc inutilement la quantité de sucre ingérée au cours de la journée.

Une consommation excessive et régulière de sucre favorise notamment les caries dentaires et contribue au risque de surpoids et d’obésité.

L’eau permet d’hydrater l’organisme sans ajouter de sucre à une alimentation qui en contient souvent déjà beaucoup.

Et la concentration dans tout ça ?

La concentration d’un enfant dépend de nombreux éléments : son sommeil, son stress, son activité physique, son environnement, son développement et bien sûr son alimentation.

Il faut donc éviter le raccourci :

« Il mange du sucre, donc il est hyperactif. »

Le sucre n’est pas reconnu comme une cause directe de l’hyperactivité.

En revanche, la composition globale des repas compte.

Un petit-déjeuner composé essentiellement de produits raffinés et très sucrés n’apporte pas la même qualité nutritionnelle qu’un repas comprenant des protéines, des fibres, des matières grasses de qualité et des glucides moins raffinés.

Pourquoi mettre davantage de protéines dans l’assiette ?

Les protéines sont indispensables à la croissance et au fonctionnement de l’organisme.

Elles apportent des acides aminés, dont certains sont utilisés par l'organisme pour fabriquer des neurotransmetteurs impliqués dans le fonctionnement du cerveau.

Elles contribuent également à la satiété.

Associées à des fibres, des matières grasses de qualité et des glucides peu raffinés, elles permettent de composer des repas plus rassasiants et d’éviter une alimentation qui repose principalement sur des produits très sucrés.

Cela ne signifie pas que manger un œuf va soudainement rendre un enfant plus concentré.

Cela signifie qu’un cerveau qui travaille toute une matinée a besoin d’une alimentation suffisamment nourrissante et équilibrée, pas uniquement d’une succession de produits sucrés.

Concrètement, que proposer au petit-déjeuner ?

Le petit-déjeuner français traditionnel est souvent très sucré :

céréales chocolatées, pâte à tartiner, pain blanc, confiture, biscuits, jus de fruits...

On peut progressivement introduire davantage de protéines et d’aliments peu transformés.

Par exemple :

œufs, yaourt nature, fromage blanc ou fromage pour les protéines ;

pain complet ou semi-complet, flocons d’avoine ou autres céréales peu sucrées ;

un fruit entier plutôt qu’un jus ;

et éventuellement des oléagineux ou purées d’oléagineux, sous une forme adaptée à l’âge de l’enfant.

Et pour boire :

de l’eau.

Il n’est pas nécessaire de tout changer en une journée. Les habitudes alimentaires peuvent évoluer progressivement.

Et les colorants et autres additifs ?

Là encore, il faut regarder l’alimentation dans son ensemble.

Bonbons, boissons colorées, pâtisseries industrielles, céréales très transformées et autres produits destinés aux enfants peuvent cumuler sucre, arômes, colorants et différents additifs.

Certains colorants alimentaires ont notamment fait l’objet de recherches concernant leur influence possible sur l’activité et l’attention de certains enfants.

Cela ne signifie pas que tous les colorants provoquent des troubles du comportement.

Mais cela donne une raison supplémentaire de ne pas construire l’alimentation quotidienne d’un enfant principalement autour de produits ultratransformés.

Plus l’alimentation repose sur des aliments simples et peu transformés, moins l’enfant est exposé à cette accumulation.

Apprendre à lire les étiquettes

Un produit peut avoir une image de fruit sur l’emballage, afficher « source de vitamines » ou être présenté comme spécialement conçu pour les enfants tout en contenant beaucoup de sucre.

Retourne le paquet.

Regarde la liste des ingrédients.

Plus un ingrédient apparaît tôt dans la liste, plus il est présent en quantité importante.

Regarde également la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel.

Comparer deux paquets de céréales, deux yaourts ou deux goûters permet parfois de découvrir des différences considérables.

Petit à petit, cela permet de choisir en connaissance de cause plutôt qu’en fonction du marketing présent sur l’emballage.

Le but n’est pas d’interdire le sucre

Faire du sucre un aliment totalement interdit peut lui donner une place encore plus importante.

Un enfant peut manger un gâteau.

Des bonbons.

Une glace.

Du chocolat.

La différence se trouve entre le plaisir occasionnel et l’habitude quotidienne.

Un gâteau partagé en famille le dimanche n’est pas la même chose qu'une alimentation dans laquelle le sucre est présent dès le réveil puis revient à chaque repas et chaque collation.

C’est cette différence que l’enfant doit progressivement apprendre.

Les parents ont un rôle essentiel

Un jeune enfant ne choisit pas ce qui entre dans les placards.

Il n’achète pas les sodas.

Il ne choisit pas ses céréales au supermarché.

Ce sont les adultes qui construisent son environnement alimentaire.

Nous avons donc la responsabilité de lui apprendre progressivement à manger et à boire d’une manière qui protège sa santé.

Et notre exemple compte énormément.

Il est difficile d’expliquer à un enfant que l’eau est sa boisson quotidienne lorsque les adultes autour de lui boivent systématiquement du soda.

Il est difficile de limiter les biscuits lorsqu’ils sont disponibles en permanence dans les placards.

L’éducation alimentaire passe aussi par ce que l’enfant voit tous les jours.

Les habitudes simples qui changent beaucoup de choses

Pas besoin de calculer chaque gramme de sucre.

Quelques repères peuvent déjà modifier profondément l’alimentation quotidienne :

  • de l’eau pour boire, et les sodas, sirops et jus de fruits occasionnellement ;

  • davantage d’aliments simples et peu transformés ;

  • une source de protéines régulièrement dans les repas, notamment au petit-déjeuner ;

  • des fruits entiers plutôt que leur jus et suffisamment d’aliments riches en fibres ;

  • les gâteaux, bonbons et autres produits très sucrés gardés pour le plaisir plutôt que consommés automatiquement plusieurs fois par jour.

L’objectif est simple :

faire du quotidien la base d’une alimentation équilibrée et laisser au sucre sa place de plaisir occasionnel.

Ce sont les habitudes répétées chaque jour qui construisent progressivement la relation de l’enfant à l’alimentation et qui l’accompagneront bien au-delà de l’enfance.